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L'idée de l'Europe :
entre identité et pluralité

Le discours politique sur l’Europe est aujourd’hui massivement pénétré d’un besoin de réflexion critique (pourquoi ?) éloigné des seules discussions techniques (comment ?) concernant la « construction de l’Europe ». Jacques Delors se dit quelque part amené à constater que la construction de l’Europe relève d’une « vision à long terme » consistant à conduire les peuples en direction d’un  horizon ; d’autres responsables politiques parlent de redéfinir les fins, de dégager l’âme des chiffres qui l’étouffent : autant de tâches qui, à en croire les acteurs de l’Europe eux-mêmes, sont l’urgence de celle-ci. Or ces tâches s’imposent comme autant d’exigences induites par des questions proprement philosophiques : qu’est-ce que l’Europe, que fut-elle avant qu’on ne voulût la « construire », et en vue de quoi veut-on la construire ? Ces questions, en effet, sont celles de l’essence, de l’histoire et de la finalité de l’Europe. Elles s’imposent dès que l’on s’accorde à reconnaître que l’Europe est insaisissable : elle ne se définit ni par des frontières géographiques, ni par une identité culturelle ; elle naît pour les uns en Grèce antique, pour d’autres son berceau est le christianisme, quand on ne la fait pas apparaître au bas Moyen Age voire à l’époque moderne… Quant à sa finalité, il semble bien qu’elle se confonde aujourd’hui avec la seule constitution d’un empire économique. D’un mot, l’objet des recherches proposées est « l’esprit européen » qu’évoquait R. Schuman en 1949.

De l’abondante littérature disponible se dégagent plusieurs pistes de recherche.

1. L’œuvre de K. Jaspers : regards d’un philosophe sur les premiers pas de la construction de l’Europe.

2. L’œuvre de H. Arendt : philosophie politique et le rôle de Rome.

3. Les réflexions explicites sur l’Europe de philosophes tels que Gadamer, Patocka ou Fink : rapport entre Europe et Occident ; idée selon laquelle l’Europe est avant tout une idée philosophique et que c’est avant tout la science européenne qui identifie l’Europe.

4. Philosophie française contemporaine (héritage critique de Heidegger : Brague, Lacoue-Labarthe ; herméneutique : Ricœur ; déconstruction : Derrida, Nancy, Guénoun).

5. Histoire des antécédents de l’idée de l’Europe : de Castel de Saint Pierre au Projet de paix perpétuelle de Kant puis aux idéaux européens du XIXe s. : rétroactes de l’idée contemporaine de l’Europe.

6. Le mythe d’Europe et l’image d’Europe que les arts ont transmis au cours des siècles : mise en relation des iconographies de l’Europe avec les textes témoignant de l’idée de l’Europe sous-jacente aux diverses configurations culturelles historiques dans lesquelles s’inscrit la production imagée.

13 juillet 2004
Responsable : D. Lories